Parcs solaires et biodiversité : ce qui vit sous les panneaux

Sous les panneaux, la vie continue

Un parc solaire au sol n’est pas une dalle stérile. Entre et sous les rangées de modules, le sol reste là, avec sa flore et sa faune, et la manière dont on gère cet espace change tout. Une étude britannique publiée dans Environmental Research Letters a modélisé ce que deviennent les populations de bourdons dans et autour des parcs solaires selon leur mode de gestion. Son résultat principal est frappant : les parcs gérés comme des prairies fleuries accueillent deux fois plus de bourdons butinant et nichant que ceux qui se contentent de bandes fleuries en bordure. La gestion du site pèse plus lourd que sa taille, sa forme ou son environnement paysager.

Des panneaux qui font refuge

L’idée peut sembler paradoxale : comment une infrastructure industrielle devient-elle un refuge pour la biodiversité ? En fait, un parc solaire offre des conditions que l’agriculture intensive a fait disparaître : un sol peu ou pas labouré, une absence quasi totale de traitements phytosanitaires, une présence humaine discrète. Si l’on y sème une prairie fleurie et qu’on la fauche tardivement, on recrée une mosaïque de ressources en pollen et nectar dont les pollinisateurs ont urgemment besoin. Les bourdons nichant au sol, dont les ouvrières butinent jusqu’à un kilomètre du nid, trouvent dans ces sites à la fois des sites de nidification et de quoi se nourrir tout au long de la saison.

La gestion, plus importante que la taille

L’enseignement le plus opérationnel de l’étude est que la façon de gérer le parc prime sur sa géométrie. Un grand parc géré en prairie fleurie profite davantage aux bourdons qu’un petit parc à l’herbe rase, et les effets débordent autour du site : les chercheurs observent jusqu’au double des bourdons butinant autour des grands parcs allongés et riches en fleurs, par rapport à des parcs plus petits en gazon tondu. Pour les parcelles agricoles voisines, c’est un service de pollinisation potentiel qui se joue, alors que les abeilles sauvages comptent parmi les pollinisateurs les plus efficaces des cultures.

Un contexte de déploiement massif

Ces questions prennent de l’ampleur avec la vitesse d’installation du photovoltaïque mondial, déjà évalué à plus de 600 gigawatts de capacité cumulée au moment de l’étude, dont une part croissante en centrales au sol. Chaque hectare occupé est un choix d’usage des sols, et la recherche montre que ce choix peut être gagnant sur les deux tableaux, énergie et nature, si la biodiversité est intégrée dès la conception. Semis de prairies locales, fauche raisonnée, pâturage extensif par des ovins, corridors fleuris : les recettes existent et commencent à être documentées par l’industrie solaire elle-même.

Ce que cela inspire à l’échelle du jardin

La leçon des parcs solaires vaut aussi pour les petites installations. Sous une ombrière ou autour d’un panneau au sol, inutile de tout bétonner ou de tondre au cordeau : une bande fleurie, quelques espèces mellifères, un coin d’herbe haute, et l’installation devient un petit maillon du réseau écologique. C’est une façon concrète de réconcilier production d’énergie et accueil de la vie, et elle coûte souvent moins cher qu’un entretien intensif. La transition énergétique gagne à être pensée avec les bourdons plutôt que contre eux : les études comme celle-ci donnent des arguments solides aux porteurs de projets et aux riverains.

Vers des parcs solaires vraiment écologiques

Le mot d’ordre qui émerge de la recherche est simple : concevoir et gérer. Concevoir, en réservant dès le départ de la place aux habitats, et gérer, en entretenant le site comme une prairie plutôt que comme une pelouse. Les résultats obtenus sur les bourdons ne sont qu’un début : les autres pollinisateurs, les oiseaux, les petits mammifères et la vie du sol répondent à des logiques proches. À mesure que le photovoltaïque occupe davantage de surfaces, ces choix de gestion feront la différence entre des zones neutres et de véritables refuges. Le soleil peut produire des électrons et de la vie sauvage en même temps ; c’est une décision, pas une fatalité.

Des preuves qui s’accumulent

L’étude britannique sur les bourdons s’inscrit dans un courant de recherche plus large sur l’agrivoltaïsme et l’écologie des centrales au sol. Des relevés de terrain avaient déjà montré que l’abondance des bourdons augmente avec la diversité florale des parcs. Ce que la modélisation ajoute, c’est une vision prédictive : elle permet de tester des scénarios de conception avant même le premier coup de pioche, et d’intégrer la biodiversité comme un critère d’ingénierie au même titre que l’orientation des rangées ou le raccordement électrique. C’est un changement de regard important pour une industrie longtemps concentrée sur le seul kilowattheure.

Les questions encore ouvertes

La recherche n’a pas encore toutes les réponses, et l’honnêteté impose de le dire. Les effets sur d’autres groupes que les bourdons terrestres, les oiseaux, les chauves-souris, la flore des sols, restent moins documentés. La généralisation des résultats britanniques aux climats méditerranéens ou continentaux demande des validations locales, car les espèces et les saisons de floraison diffèrent. Enfin, le succès écologique dépend de la durée : un parc géré en prairie pendant vingt ans ne vaut que si la gestion est réellement maintenue, d’où l’intérêt de suivi et d’engagements contractuels. Mais la direction est claire, et elle est encourageante pour qui veut concilier énergie et vivant.

Questions fréquentes

Un parc solaire est-il mauvais pour la biodiversité ?

Pas nécessairement. Géré en prairie fleurie, un parc solaire peut accueillir deux fois plus de bourdons qu’un parc à l’herbe rase, grâce à un sol non traité, des ressources florales et une faible présence humaine.

Qu’est-ce qui compte le plus pour les pollinisateurs dans un parc solaire ?

La gestion du site : prairie fleurie sur l’ensemble de la surface, fauche tardive et absence de produits phytosanitaires comptent davantage que la taille ou la forme du parc, selon l’étude britannique.

Les parcs solaires aident-ils l’agriculture voisine ?

Potentiellement oui : en hébergeant des populations de pollinisateurs, ils peuvent renforcer la pollinisation des cultures environnantes, surtout les grands parcs riches en fleurs situés dans des paysages agricoles pauvres en ressources.

Sources

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